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Festival Terres du Son #10 – Jour 2 (12/07/14)

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C’est samedi, et on est bien décidés à profiter du village, des animations, des spectacles de rue et des scènes axées sur la découverte. Les propositions tout au long de la journée sur le village, dans et hors du château, font vraiment la force de ce festival. Les animations sont plaisantes, le cadre est adorable et les occasions de grignoter ou de se rincer le godet sont nombreuses et variées… Il manquait juste un brin de soleil, car avec la pluie tombant tristement sur Monts, l’attrait du village semble moins évident. Du côté du site payant en revanche, peu de choix à se mettre sous la dent et l’offre réduite contraste avec celle, fournie, du village gratuit.

C’est le Staff Benda Bilili qui donne le coup d’envoi de cette soirée. Bon, on était un peu surpris que l’orchestre congolais ne ramène pas plus le soleil… Leurs rythmes africains modernes sont plus criards que dansants, et l’absence d’interactions avec le public donne au final une impression assez peu chaleureuse. Autant dire que lorsqu’une grosse averse s’abat sur les festivaliers, c’est la ruée vers le houblon sous le chapiteau du bar.

Du coup, on attend beaucoup de Barcella pour commencer enfin cette soirée, et bim, le garçon est à la hauteur ! 3ème album pour ce rémois doté d’une solide expérience de la scène et bardé de récompenses, ce qui explique peut être son aisance incroyable devant son public. Avec sa dégaine d’acrobate, il joue à chat perché avec ses musiciens, en équilibre sur le piano il se sert de sa plume comme d’un fleuret. C’est un virtuose de la jongle verbale sous ses airs d’enfant terrible, une incarnation d’un gavroche moderne. Il sait s’encanailler avec un flow que lui envieront tous les rappeurs et saisir en même temps tout le public en parlant d’un temps que les moins de vingt ans… On a l’impression de revoir la scène des Aristochats : Barcella c’est Thomas O’Malley rencontrant Scat Cat et ses musiciens, c’est bondissant, puissant et réjouissant. Insaisissable, il s’offre un dernier cabotage en escaladant la tour de régie, au milieu du public, sans s’arrêter de chanter bien sûr. Bateleur, hâbleur, comédien, équilibriste, jongleur, musicien, Barcella est aussi un superbe magicien. Et ce soir, il a transformé la chanson française. ..

Forcément, difficile d’enchaîner après le hold-up Barcella. Forcément, on se dit que Ben l’Oncle Soul doit pouvoir… On avait tort. Si les musiciens sont bons et font plaisir à entendre, le feeling manque un peu sur scène. Le set s’équilibre entre les tubes rebattus et les standards soul et rythm’n’blues plus classiques. Malheureusement, Ben l’Oncle Soul et les Monophonics n’apportent rien de plus ni aux uns, ni aux autres. Heureusement il ne manque pas de tchatche et sa sympathie convainc une grande partie du public. Mais n’étant pas séduits, on en profite pour aller casser la croûte, c’est dire.

Sous le chapiteau, c’est Sarah W Papsun qui monte sur scène. On les connaît sans les connaître, puisque c’est eux derrière le générique du Tube de Daphné Bürki sur Canal+. Morceau qu’on aura d’ailleurs du mal à reconnaître dans le set tellement il est joué différemment. C’est tout le problème de cet électro-pop sous acide, hyper produit : il est difficile de le reproduire sur scène. Alors on joue “brut” et c’est en décalé par rapport à nos attentes. Le concert est plutôt honnête et sympathique au demeurant, mais ils jouent une musique un peu à l’ombre de références plus connues et ne renouvellent pas le genre. Alors on passe un bon moment, mais rien de bien marquant non plus.

En revanche, pour les souvenirs, on peut compter sur -M- ! D’ailleurs, il y a une foule monstrueuse devant la scène, grosse affluence pour la soirée. Il est difficile de ne pas aimer les shows de -M-. On peut ne pas aimer sa musique, ne pas aimer les morceaux repris en chœur par la foule, on peut être trop loin pour apprécier, ne pas bien voir ou ne pas bien entendre. Ok pour tout ça. Mais si on met le confort de côté, les goûts musicaux, ou cette bonne vieille manie qui consiste à ne pas aimer ce qui est populaire… comment ne pas se faire embarquer par le malin -M- et ses talentueux musiciens. Généreux, fous, sensibles, ils nous emmènent dans un cercle vicieux positif où on fait plaisir en se faisant plaisir. On passera en revanche sur l’impro peu concluante avec Ben l’Oncle Soul tétanisé ou en manque de propositions, ainsi que sur la choré de fin, marrante mais sans grand intérêt. Bon, le côté négatif d’avoir fait le plein sur cette soirée : les infrastructures (toilettes, bars) sont poussées à leurs limites, quitte à gâcher un peu le plaisir d’être sur le site.

On embarque ensuite sur le tapis volant de Fakear qui nous repose en douceur après la folie -M- et les bains de foule à répétition. On s’apaise donc, et on s’envole pour un voyage un brin mystique. Ce djinn caennais s’appuie sur ses deux MPC pour produire un son électro envoûtant, mystérieux et hypnotique. Ses influences éclectiques nous évoquent une croisée des chemins entre Disclosure et la world, de l’électro des grands espaces, qui fait voyager. La présence d’une chanteuse sur scène apporte un peu d’intérêt au live qui sinon, en manque cruellement, défaut classique des sets électro. Un conte des mille et une nuits moderne sous les étoiles de Touraine.

Autre ambiance du côté du chapiteau, c’est Systema Solar qui met le feu à base de musique caribéenne, trad colombienne, beat électro de boite de nuit et costumes cheap à franges improbables : et ça fonctionne incroyablement bien ! C’est surement une espèce d’envoûtement vaudou qui prend possession de nous et d’un coup, on n’est plus que pieds, hanches, coudes et genoux en transe… Une foule d’articulations en sueur qui ondule sous le chapiteau… Sorcellerie !

Le dernier gros son électro de la soirée, avec l’ABCdaire de la musique électronique de Grammatik. Tous les styles et les influences sont balayés, soul, funk, hip-hop, minimal ou techno, toutes les époques aussi. Un set intelligemment construit, puissant et transcendant. La programmation est manifestement adaptée à l’heure et au public puisqu’il reste encore beaucoup de monde devant la scène. En revanche, le set de Grammatik s’apprécie aussi bien étendu dans l’herbe que dansant entre les corps abandonnés en plein champ, ou encore en faisant le fond de ses poches devant un stand de sandwichs. Au bout du set de Grammatik, il est tard et on fait partie des rares encore en état de profiter d’un concert.

Justement, Bombay Show Pig joue sous le chapiteau. C’est une excellente découverte mais la programmation de ce gros rock un peu vintage surprend à cette heure de la nuit et déroute une bonne partie du public, vue la tonalité électro de la fin de soirée. Le duo batterie guitare devenu trio sur scène avec la présence d’un bassiste joue d’un rock à la fois sensuel, subtil, brutal et endiablé. Puissant mélange. Leurs derniers accords sauvages nous raccompagnent jusqu’au carrosse parmi les derniers fêtards. Encore une très belle édition de Terres du Son

Jour 1Jour 2

Textes : Margot Aymé
Photos : YAOF Design

Toutes les photos du festival par YAOF Design : ici
Site web du festival : www.terresduson.com